L’encadrement des loyers élargi à de nouvelles communes cette année

Un locataire qui cherche un appartement à Bordeaux, Lyon ou Montpellier sait que le loyer affiché ne peut pas dépasser un plafond fixé par arrêté préfectoral. Ce mécanisme, c’est l’encadrement des loyers. Depuis l’été 2026, le dispositif a été prolongé jusqu’en juillet 2027 par décret, mais aucune nouvelle commune n’a été ajoutée au périmètre. La liste des villes concernées reste identique. Pourquoi ce statu quo, alors que des dizaines de communes en zone tendue réclament d’y entrer ?

Prolongation du dispositif d’encadrement des loyers sans extension géographique

Le décret publié à l’été 2026 reconduit l’encadrement des loyers pour une année supplémentaire. Le cadre juridique ne change pas : les villes déjà couvertes (Paris, Lyon, Villeurbanne, Lille, Bordeaux, Montpellier, les intercommunalités d’Est Ensemble et de Plaine Commune, Grenoble-Alpes Métropole, entre autres) conservent leurs loyers de référence.

Le propriétaire bailleur reste soumis aux mêmes règles. Le loyer ne peut pas dépasser le loyer de référence majoré fixé par arrêté préfectoral, sauf recours au complément de loyer pour des caractéristiques exceptionnelles du logement.

En revanche, aucune commune supplémentaire n’a été intégrée. Le gouvernement a choisi de prolonger le périmètre existant tel quel, sans l’élargir. Ce point est souvent mal compris : plusieurs articles en ligne annoncent un « élargissement », alors que les textes officiels ne modifient pas la carte des territoires concernés.

Façade d'immeuble résidentiel français avec panneau À Louer et homme observant le bâtiment, contexte encadrement des loyers

Communes en zone tendue hors champ : pourquoi certaines villes restent exclues du dispositif

La France compte plusieurs centaines de communes classées en zone tendue. Ce classement signifie que la demande locative y dépasse largement l’offre. Pour autant, être en zone tendue ne suffit pas pour bénéficier de l’encadrement des loyers.

Le dispositif d’encadrement (avec loyer de référence, loyer de référence minoré et loyer majoré) repose sur une démarche volontaire. La collectivité locale doit en faire la demande, puis obtenir un arrêté préfectoral. Elle doit aussi disposer d’un observatoire local des loyers capable de produire des données fiables par quartier, type de logement et époque de construction.

Trois conditions cumulatives pour entrer dans le dispositif

  • La commune doit être située en zone tendue, c’est-à-dire dans une agglomération où existe un déséquilibre marqué entre l’offre et la demande de logements.
  • Un observatoire local des loyers agréé doit couvrir le territoire, avec des données suffisamment fines pour calculer des références par secteur géographique.
  • La collectivité (commune ou intercommunalité) doit délibérer pour demander l’application du dispositif, puis le préfet prend un arrêté fixant les loyers de référence.

Beaucoup de communes en zone tendue ne remplissent pas la deuxième condition. Mettre en place un observatoire des loyers demande du temps, un budget et une collecte de données locatives sur plusieurs années. Sans cet outil, le préfet ne peut pas fixer de plafonds fiables.

Le cas des communes limitrophes des grandes métropoles

Autour de Lyon, des communes comme Oullins ou Caluire-et-Cuire ont été évoquées publiquement par des élus locaux comme candidates potentielles à l’encadrement. Ces villes subissent un effet de report : quand les loyers sont plafonnés dans la métropole, une partie de la pression locative se déplace vers les communes voisines non couvertes.

Au Pays basque, la communauté d’agglomération a intégré plusieurs communes dans le dispositif, ce qui en fait un cas atypique de couverture intercommunale élargie. Mais cette situation reste l’exception. La plupart des intercommunalités n’ont pas encore franchi le pas.

Arbitrages politiques derrière le gel du périmètre

Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas profité de la prolongation pour ajouter de nouvelles villes ? Plusieurs facteurs expliquent ce choix.

Le débat porte désormais sur la pérennisation du dispositif, pas sur son extension. L’encadrement des loyers fonctionne depuis l’origine comme une expérimentation. Son terme légal approche fin 2026. Les parlementaires, notamment les députés Annaïg Le Meur et Iñaki Echaniz, ont remis un rapport d’évaluation à l’Assemblée nationale. Leur conclusion : le dispositif a rempli son objectif de modération des loyers, même s’il n’est pas toujours respecté.

Leur proposition : pérenniser l’encadrement des loyers et le rendre accessible à toutes les communes en zone tendue. Une proposition de loi basée sur ces recommandations est attendue. Si elle aboutit, la question de l’extension géographique serait réglée de façon structurelle, puisque chaque commune en zone tendue pourrait rejoindre le dispositif sans attendre un nouveau décret d’expérimentation.

Étendre le périmètre maintenant, dans le cadre juridique actuel de l’expérimentation, aurait créé une situation bancale : ajouter des communes pour quelques mois avant une possible refonte législative. Le gouvernement a préféré maintenir le statu quo en attendant que le Parlement tranche.

Fiche de location avec tampon loyer encadré et annotations dans une agence immobilière française, réglementation des loyers

Ce que change (ou pas) la prolongation pour le locataire et le propriétaire

Pour un locataire déjà installé dans une ville couverte, la prolongation ne modifie rien au quotidien. Le bail en cours reste soumis aux mêmes règles. Le propriétaire peut réviser le loyer une fois par an si le contrat le prévoit, mais la révision reste interdite pour les logements classés F ou G au DPE (en métropole, pour les baux signés ou renouvelés depuis août 2022).

Pour un propriétaire qui remet un logement en location avec un nouveau locataire, le loyer ne peut pas dépasser le loyer de référence majoré du secteur. Le complément de loyer reste possible, mais les parlementaires recommandent d’en encadrer plus strictement l’usage pour éviter les abus.

Vous habitez une commune en zone tendue mais non couverte par l’encadrement ? La seule règle qui s’applique concerne l’encadrement de l’évolution du loyer à la relocation. Le propriétaire ne peut pas augmenter librement le loyer entre deux locataires. Ce mécanisme, distinct de l’encadrement par loyer de référence, s’applique à toutes les communes en zone tendue. Il a lui aussi été reconduit jusqu’en 2027.

Vérifier si votre logement est concerné par l’encadrement des loyers

Avant de signer un bail ou de contester un loyer, deux vérifications s’imposent :

  • Consultez le simulateur de zone tendue sur service-public.fr pour savoir si votre commune est classée en zone tendue.
  • Vérifiez ensuite si votre commune applique l’encadrement par loyer de référence (dispositif avec loyer minoré, médian et majoré). Cette information figure sur le site de la préfecture ou de la collectivité locale.
  • Si le logement est couvert, comparez le loyer du bail avec le loyer de référence majoré correspondant à votre secteur, au type de location (vide ou meublée), au nombre de pièces et à l’époque de construction.

La distinction entre zone tendue (qui encadre l’évolution du loyer) et encadrement par loyer de référence (qui plafonne le montant) reste la source de confusion la plus fréquente. Toutes les villes à loyer plafonné sont en zone tendue, mais l’inverse n’est pas vrai. C’est précisément cette asymétrie que le débat parlementaire en cours cherche à corriger.

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